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La technique du cyanotype

La nature dévoile toute sa magie grâce à la technique du cyanotype. En disposant des feuilles, des fleurs ou d’autres éléments sur un support imprégné d’oxydes ferriques, puis en exposant l’ensemble à la lumière du soleil, on obtient des impressions d’un bleu de Prusse intense, qui révèlent avec finesse les détails et les formes des végétaux.

Une brève histoire du cyanotype

Le cyanotype est une technique ancienne. Il s’agit d’un procédé photographique monochrome négatif, mis au point par le scientifique et astronome anglais John Frederick William Herschel en 1842. Le procédé est rapidement adopté pour l’illustration de livres de botaniques ou d’ethnologie.

John Frederick William Herschel, Lady with a harp (1842) | Source : GetArchive

Mais c’est en Grande-Bretagne que le cyanotype est utilisé pour la première fois pour réaliser des créations artistiques. C’est Anna Atkins, par ailleurs botaniste et aquarelliste accomplie, qui est considérée comme la première à avoir recueilli des empreintes végétales grâce à la technique du cyanotype sans l’intervention d’un appareil de prise de vue.

Anna Atkins, Algae | Source : GetArchive

Dans les années 1860, la technique est reprise par les architectes et les ingénieurs pour une duplication simple et rapide de leurs plans et dessins techniques, connus sous le nom de bleus d’architecture ou blueprints.

Blueprint | Source : Wikimedia Commons

Toutefois, la technique du cyantoype est considérée comme peu réaliste, du fait de son rendu monochrome, et tombe rapidement en désuétude face au succès grandissant de la photographie. Elle perdure dans la pratique de certains artistes et photographes amateurs avant d’être abandonnée dans les années 1930. 

Depuis quelques années, la technique du cyanotype revient au goût du jour et est utilisée par de nombreux artistes. Grâce à sa simplicité, elle est également devenue populaire pour l’animation d’ateliers créatifs destinés à un large public.

Le cyanotype, comment ça marche ?

Le procédé utilise deux oxydes ferriques, du citrate d’ammonium ferrique et du ferricyanure de potassium qui, mélangés en bonnes proportions, produisent du Bleu de Prusse lorsqu’ils sont exposés aux UV.

En appliquant ce mélange sur un support, puis en préservant certaines zones de l’action de la lumière, il est donc possible d’obtenir des empreintes en négatif.

En effet, tandis que le pigment Bleu de Prusse, insoluble, se révèle grâce à l’oxygène pendant le rinçage à l’eau, les restes de citrate d’ammonium ferrique et de ferricyanure de potassium qui n’ont pas réagit à la lumière se dissolvent et disparaissent, laissant le support revenir à sa teinte d’origine.

Quel matériel faut-il pour réaliser un cyanotype ?

Un support : le cyanotype se réalise généralement sur papier ou tissu mais cela fonctionne également sur du bois, des galets… Pour le papier, il est nécessaire d’utiliser une feuille qui supportera le rinçage à l’eau. On choisira donc de préférence un papier aquarelle.

Deux oxydes ferriques : du citrate d’ammonium ferrique et du ferricyanure de potassium auxquels on ajoutera de l’eau, puis que l’on mélangera ensemble dans certaines proportions.

Un pinceau pour enduire le support avec la solution photosensible. 

Des objets naturels (végétaux séchés, plumes…) ou artificiels (dentelle, négatifs photo…) qui permettront de créer une composition sur le support.

Une plaque de verre ou de plexiglass et un carton qui permettront de maintenir la composition pendant l’exposition (facultatif mais fortement recommandé !).

De la lumière naturelle (le soleil !) ou artificielle (lampes UV).

Une bassine remplie d’eau claire pour la phase de révélation.

Un sèche-cheveux pour accélérer les phases de séchage (facultatif).

Et c’est tout !

Les étapes de réalisation d'un cyanotype

Le cyanotype est une technique relativement simple à mettre en œuvre mais elle nécessite de suivre avec rigueur plusieurs étapes indispensables.

1. La préparation de l'émulsion photosensible

C’est la partie du processus où la science vient se mêler étroitement à l’art. Sans une émulsion photosensible réussie, aucun cyanotype ne pourra être réalisé. Il convient donc de réaliser le mélange de citrate d’ammonium ferrique et de ferricyanure de potassium dans les proportions adéquates et à l’abri de la lumière directe du soleil. Une fois que le mélange est prêt, il faudra l’utiliser rapidement tandis que les deux solutions peuvent être conservées séparément pendant plusieurs semaines.

Précautions à prendre

Les produits utilisés ne sont pas toxiques lorsqu’ils sont mélangés à de l’eau, il est donc possible de réaliser l’intégralité du processus sans porter de gants ni de masque ou lunettes de protection.

Toutefois, si une gêne est ressentie sur la peau en cas de contact avec l’émulsion, il ne faut pas hésiter à rincer abondamment. De même en cas de contact avec les yeux.

Dans tous les cas, les oxydes ferriques ne doivent pas être mélangés avec d’autres produits car des réactions chimiques, telles que le dégagement de gaz toxiques, pourraient se produire.

2. L'enduction du support

L’émulsion photosensible est appliquée sur le support à l’aide d’un pinceau. Il est indispensable de réaliser une application homogène afin d’obtenir un Bleu de Prusse profond et uniforme.

Pour ce faire, il faut d’abord s’assurer que le support est propre et exempt de poussière ou de saleté, qui pourraient affecter l’uniformité de la couche. L’émulsion doit ensuite être appliquée en couche fine et régulière, en croisant les coups de pinceau pour garantir l’uniformité de l’application.

Un fois que le support est parfaitement enduit, il faut le laisser sécher complètement avant de passer à l’étape suivante. Il est possible d’accélérer cette phase à l’aide d’un sèche-cheveux.

3. La composition

C’est le moment de laisser place à la créativité ! Traditionnellement, le cyanotype est réalisé avec des végétaux préalablement séchés. Mais n’importe quel objet naturel ou artificiel peut être utilisé avec pour seule limite celle de l’imagination !

Conseils pour choisir les objets de la composition

La forme : des objets aux formes très graphiques créeront des empreintes intéressantes au plan visuel. C’est le cas, par exemple, des fougères ou de la dentelle.

L’opacité : varier les objets en fonction de leur opacité permet de créer de belles nuances de bleu qui apporteront de la profondeur à la composition. Certains pétales de fleurs, comme les roses trémières ou les coquelicots, s’y prêtent particulièrement bien.

Le relief : utiliser des objets plats, comme les fleurs pressées, permettra d’obtenir une empreinte nette et bien définie tandis que l’utilisation d’objets en relief occasionnera un résultat plus aléatoire en fonction des ombres portées.

La composition doit se faire à l’abri de la lumière directe du soleil. Afin de faciliter le déplacement de celle-ci vers la source lumineuse (soleil ou lampes UV), il est recommandé d’utiliser un fond cartonné et une plaque de verre ou de plexiglass entre lesquels le support sera pressé. Évidemment, cela n’est pas possible si la composition comporte des éléments en relief.

4. L'exposition

L’exposition de la composition à la lumière va permettre de faire entrer la solution photosensible en réaction. La durée d’exposition est très importante pour le rendu final du cyanotype. S’il est sous-exposé, le bleu sera trop pâle. Au contraire, s’il est surexposé la couleur sera trop sombre et certains détails seront perdus. Il est donc primordial de réaliser au préalable un test avec différentes durées d’exposition.

Le choix entre une exposition naturelle (à la lumière du soleil) ou artificielle (avec des lampes UV) dépendra du matériel à disposition et du rendu souhaité. Avec l’exposition au soleil, le rendu sera plus aléatoire mais il s’inscrira dans une démarche plus naturelle et en harmonie avec le temps et ses aléas. Une exposition artificielle sera, au contraire, plus rapide et maîtrisée.

5. La révélation

La phase de révélation du cyanotype pourrait être comparée au développement d’une photographie argentique, à cette différence qu’elle se réalise dans une simple bassine remplie d’eau.

Une fois que le support a été débarrassé des éléments de la composition, il suffit de le tremper dans l’eau pour voir la magie opérer ! Le Bleu de Prusse apparaît progressivement sur les zones qui ont été exposées à la lumière tandis que celles qui ont été protégées par les objets de la composition redeviennent blanches (ou révèlent diverses nuances de bleu selon l’opacité de l’objet). Si nécessaire, il ne faut pas hésiter à frotter légèrement le support afin d’ôter tous les résidus jaunâtres laissés par l’émulsion photosensible.

Lorsque la révélation est achevée, il est possible d’éponger le support dans un linge avant de le laisser sécher complètement. Le processus peut être accéléré à l’aide d’un sèche cheveux.

Et voici le résultat !

Pourquoi j'adore la technique du cyanotype

Le cyanotype offre un plaisir unique et singulier à ceux qui s’y adonnent. Un plaisir qui réside à la fois dans la collecte minutieuse des végétaux, dans le processus créatif, mêlant science et art, mais aussi dans la surprise et l’émerveillement que suscite chaque empreinte, unique et imprévisible.

Le cyanotype est aussi une invitation à la patience, à la contemplation et à une connexion plus profonde avec la nature. En utilisant des feuilles, des fleurs et d’autres éléments naturels, la dimension artistique se mêle étroitement à une observation nouvelle de la nature, à la recherche des formes et textures qui permettront de recueillir les plus belles empreintes. La technique invite à apprécier la richesse des détails naturels qui nous entourent mais que nous négligeons trop souvent au quotidien.

Enfin, le cyanotype offre une grande liberté de création et  d’expérimentation avec différents objets, textures et compositions. La maîtrise de l’exposition constitue à elle seule un champ d’expérimentation inépuisable, avec des rendus toujours uniques et surprenants.

Ateliers de découverte du cyanotype

Si cet article vous a donné l’envie d’expérimenter la technique du cyanotype mais que vous avez envie d’être guidé·e dans votre première découverte, je propose régulièrement des ateliers d’initiation, accessibles à tous dès 12 ans.

Bien plus qu’une simple découverte de la technique, ces ateliers offrent un temps de pause pour vous reconnecter à vous-même et à votre créativité. Je vous invite à venir vivre une expérience enrichissante et inspirante, dans une ambiance conviviale et stimulante !