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Coulisses d’atelier : Les carpes aux nénuphars

Une nouvelle illustration, c’est toujours la concrétisation de la magie invisible du temps créatif. Dans mon atelier, les heures ne se comptent pas. Elles s’étirent, se superposent, s’effacent parfois. Une illustration ne naît pas d’un coup de crayon, mais d’une succession de moments suspendus, de doutes, de retours en arrière, de pauses qui font sens.

De l’éclosion d’une idée à l’illustration finale, c’est toute une temporalité secrète que je partage ici, celle qui donne à une création sa profondeur et son âme.

Une idée, des recherches

Tout commence par une chasse aux images, une quête d’inspiration principalement sur Pinterest. Je glane des fragments de couleurs, des formes qui résonnent, des atmosphères qui murmurent une histoire. Ces références, je les découpe, les assemble, les superpose sur mon iPad comme un collage numérique, cherchant l’équilibre, l’harmonie d’une composition qui me parle.

Les aquarelles entrent alors en jeu pour la première fois. J’utilise mes échantillons de couleurs pour définir une première palette assez large. Puis je crée une esquisse en intégrant les différentes couleurs sélectionnées. Sur le papier, elle prend vie : lignes qui se cherchent, volumes qui se dessinent. C’est un dialogue entre ma main et l’idée, une danse lente où chaque mouvement compte.

Je laisse les couleurs s’étirer, se mélanger, s’imprégner dans le grain du papier. J’observe comment elles réagissent entre elles, comment elles s’harmonisent ou se repoussent. Ce temps de recherche des couleurs c’est aussi un temps de réflexion, où l’œuvre commence à exister par elle-même, à me dire ce qu’elle veut devenir.

Aparté sur le syndrome de l'imposteur

Pendant longtemps, j’ai cru que m’inspirer d’images de référence était une faille, la preuve d’un manque d’originalité ou de talent. Comme si la vraie création devait jaillir, pure et spontanée, d’un esprit isolé.

Avec le temps et au gré des échanges avec d’autres artistes, j’ai compris que ce doute n’était qu’une manifestation de mon énorme syndrome de l’imposteur, ce petit démon perché sur notre épaule et qui chuchote qu’on ne mérite pas sa place.

En réalité, s’appuyer sur des références, c’est comme étudier les pas de danse avant de créer sa propre chorégraphie : un processus normal, partagé par tous les artistes, des débutants aux maîtres. Aujourd’hui, ces inspirations, ces images sont comme des compagnons de route essentiels à l’évolution de mon travail.

Le dessin préparatoire

Une fois le papier soigneusement tendu sur un carton rigide, fixé par des bandes de scotch de masquage qui délimitent mon espace de création, je peux enfin commencer à dessiner.

Je me laisse guider par la composition préparée sur mon iPad, mais c’est sur le papier que tout prend vraiment vie. Même si je crée parfois des illustrations entièrement numériques, rien ne remplace pour moi le contact du crayon sur la feuille, le frottement réconfortant de la mine sur le papier, la résistance du grain sous la pointe.

Chaque trait devient une trace tangible, une empreinte de mon geste et de mon intention. Le dessin traditionnel, avec ses imperfections et ses difficultés, reste mon refuge : un dialogue intime entre la main, l’outil et la matière, où le temps semble suspendu.

La mise en couleurs

Une fois le dessin préparatoire achevé vient l’étape de la colorisation, où l’aquarelle et ma sélection de couleurs entrent en scène. J’utilise principalement des aquarelles fabriquées artisanalement, des couleurs dont la qualité et la luminosité sont exceptionnelles.

Poser la première couleur sur le papier, c’est comme ouvrir une porte sur l’inattendu : selon que je travaille en mouillé sur sec pour des contours précis ou en mouillé sur mouillé pour des fondus plus subtils et aléatoires, la peinture réagit différemment, vivant sa propre vie sous mon pinceau.

J’aime particulièrement observer les couleurs se rencontrer, se fondre, créer des dégradés que je n’avais pas forcément prévus.

Ces accidents heureux, ces fusions imprévisibles, constituent pour moi la magie même de l’aquarelle : un dialogue harmonieux entre l’eau, le pigment et le papier.

L'art du détail

Une fois que la mise en couleurs à l’aquarelle est terminée, j’adore ajouter des détails qui révèlent toute la profondeur de l’illustration. Pour cette création, j’ai opté pour les crayons de couleur, un médium qui me permet d’obtenir des effets subtils et nuancés.

J’aime cette étape minutieuse, presque méditative, où chaque trait compte, où chaque hachure renforce la texture et la profondeur de l’illustration. Les crayons que j’utilise, à la fois couvrants et d’une texture sèche, se superposent à l’aquarelle sans l’étouffer, offrant une précision qui me convient parfaitement.

Leur touche fine et contrôlée me permet de travailler les ombres et les textures avec une patience qui invite, encore une fois, à la lenteur. C’est dans ces détails, patiemment accumulés, que l’illustration prend toute sa dimension — et que je me reconnais, moi aussi, dans ce temps long et appliqué.

Mon matériel

Pour la création de cette illustration, j’ai utilisé le matériel suivant : 

  • Papier : Artistico grain fin 300g 100% coton de chez Fabriano (ici un format 40 x 50 cm)
  • Pinceaux à lavis : série Casaneo de chez Da Vinci
  • Aquarelles artisanales : Le Pigmentarium | Les Couleurs VF | Aquarelle de Provence
  • Crayons de couleur : série Pablo de chez Caran d’Ache